J’ai proposé un article sur New Orleans et le superbowl à rue89, mais ils me l’ont sagouiné à l’édition. Je reposte donc ici la version complète. Et je m’abstiendrai de tout commentaire sur ce que je pense de leur version...
Quand il y a 15 jours, Garrett Hartley, le botteur des Saints, l’équipe de football américain de la Nouvelle-Orléans,
a envoyé le ballon en direction des poteaux, c’est toute une ville qui retenait son souffle. Juste avant de laisser
éclater sa joie, celle d’une ville qui cultive sa différence avec le reste des Etats-Unis.
Cette transformation au bout de la prolongation qualifiait pour la première fois en 43 ans une équipe auparavant moyenne
pour le Super Bowl, la finale du championnat de football américain qui sera regardée dimanche 6 février par des milliards
de spectateurs dans le monde entier.
Mais cette victoire a surtout une signification particulière pour les habitants de la Nouvelle-Orléans. L’entraîneur de
l’équipe, Sean Payton, ému après ce match remporté contre les Minnesota Vikings, a ainsi déclaré: « Ce stade avait des
trous, ce stade était mouillé. Mais il ne l’est plus maintenant. Cette victoire est pour la ville de la Nouvelle-Orléans ».
En effet, le stade de la Nouvelle-Orléans, le Superdome, est aussi le symbole de la tragédie qui s’est déroulée dans la
ville à l’été 2005, avec le passage de l’ouragan Katrina, l’inondation à 80% de la ville et la disparition de plus de 1500
personnes. C’est dans cette enceinte que ceux qui ne savaient pas où aller pensaient trouver refuge et furent pris au piège
pendant des jours dans des conditions atroces.
Expatriés de force à Baton Rouge, la capitale de la Louisiane, en 2005, les Saints avaient ensuite retrouvé leur ville d’attache
en 2006, avant d’être stoppés en play-offs. Depuis, la ferveur est allée grandissante, et la qualification pour le Super Bowl a
donc un goût de revanche.

- Who Dat Baby !
- Photo prise durant la Hairy Legs Parade
Who dat !
Il ne s’agit pas uniquement de sport, mais bien de la fierté d’une ville qui n’hésite pas à s’autoproclamer comme la « Who Dat Nation »,
d’après la devise de l’équipe, reprise partout dans toute la ville: « Who Dat say Dem Gonna Beat Dem Saints » (« Qui dit qu’il va battre
les Saints »).
La force avec laquelle s’affirme cette identité est surprenante et s’explique au regard de l’histoire de La Nouvelle-Orléans, ville atypique
des Etats-Unis, et qui maintient, aujourd’hui encore, des différences culturelles fortes avec le reste du pays. Ainsi, le matin de la victoire
contre les Vikings, l’Evêque de la cathédrale de Saint Louis a conclu son prêche par ces mots: « Saint Paul nous rappelle (…) que nous faisons
partie du corps du Christ. Aujourd’hui, nous nous rappelons que nous faisons tous partie de la Who Dat Nation ».

- At Snake and Jakes
- A gauche, un autocollant dénonçant la tentative de mainmise de la NFL sur les symboles des Saints. A droite, Drew Brees, le quaterback des Saints en Jesus.
Lorsque, la semaine suivante, la Ligue de football américain (NFL) a tenté de déposer les symboles des Saints, la Fleur de Lys, héritage de
la présence française, et la devise « Who Dat », toute une nation s’y est opposé. Ainsi, le sénateur républicain David Vitter a écrit
à la NFL pour préciser que ces symboles appartenaient au peuple de La Nouvelle-Orléans, signant « David Vitter, Senateur de la Who Dat Nation ».

- The Down and Ups of New Orleans
- Photo prise durant la Hairy Legs Parade.
The Down and Up of New-Orleans.
En plus du Super Bowl, la ville, connue pour son goût de la fête, s’apprête a lancer les festivité du carnaval, le Mardis Gras. Déjà chaude
en cette période, l’ambiance cette année s’annonce explosive, que l’équipe gagne ou pas.
En effet, l’histoire de la Nouvelle-Orléans s’est toujours écrite dans la fête, le plaisir de vivre au jour le jour, malgré les difficultés.
« Qu’on gagne ou qu’on perde, ce sera la fête au quartier français, et j’y serai », explique Marek, client du bar Snake and Jakes.
« Vous savez, il y a tellement de moments difficiles qu’il en faut des bons. ».
Car c’est aussi la richesse de la culture de La Nouvelle-Orléans, ces gens qui savent oublier les soucis, passés et à venir, pour, un moment,
faire la fête et profiter de la vie au jour le jour.
Les enterrements aussi y sont festifs, on y honore la mémoire du mort en faisant la fête en souvenir des bons moments passés avec lui. Ainsi,
que les Saints passent ou trépassent dimanche, la Nouvelle-Orléans sera en fête.